La banque de données des assurances

2021-01-25 0 By dporgpd

Le secteur des assurances lance début février
une grande base de données où seront enregistrées les informations liées aux accidents de la circulation. Une initiative qui soulève plusieurs questions.

C’est un phénomène qui n’est pas indolore pour les compagnies d’assurances. Le secteur a fait ses calculs : aujourd’hui la fraude, rien que pour l’assurance auto, lui coûterait 120 à 240 millions d’euros par an. Les assureurs ont donc décidé de s’armer d’un nouvel outil pour s’attaquer au problème. Une banque de données liées aux accidents de la route va être lancée dès début février. Toutes les informations sur les accidents de la route rassemblées dans un point central? Quelques questions se posent.

Quelles données vont être collectées ?
Aujourd’hui, lorsque vous êtes impliqué dans un accident de la route, vous devez remplir une déclaration d’accident, cette fameuse feuille qui comporte une partie bleue et une partie jaune. Ce sont les informations mentionnées dans ce constat qui seront introduites dans la banque de données par les assureurs. Il s’agit des données personnelles du conducteur et des informations qui concernent le véhicule comme le numéro de plaque, de châssis. «La seule chose qu’on ne reprend pas, ce sont les circonstances spécifiques de l’accident ou le petit dessin par exemple », détaille Dirk Vandenschrick, le président de la commission fraude d’Assuralia.

Comment les données seront-elles traitées ?
Une fois les données introduites, elles seront croisées avec les données rentrées par d’autres assureurs. Si un élément suspect est détecté, le système le signalera. « On recevra un message si le même assuré, la même voiture ou la même plaque d’immatriculation a déjà été signalée dans plusieurs accidents chez d’autres compagnies les derniers six mois par exemple.» Une enquête plus approfondie pourra alors être lancée par le service antifraude de la compagnie. Détails importants à souligner : il n’y aura pas d’échange d’informations entre assureurs, une compagnie ne pourra pas non plus demander une in- formation sur un dossier spécifique. « Elle ne reçoit de l’information que sur les données qu’elle a introduites dans le système au moment d’un accident. Elle ne peut pas demander tout ce qu’il s’est passé avec monsieur ou madame untel », précise Dirk Vandenschrick. C’est Alfa Belgium, l’agence de lutte contre la fraude, qui va gérer la banque de don- nées. Cette ASBL a été créée il y a quelques années par une poignée d’assureurs, mais la plupart des acteurs du marché (90%) devraient la rejoindre prochainement. « Elle a une gestion in- dépendante», assure notre interlocuteur.

Quel type de fraudeurs est visé ?
Assuralia, la fédération du secteur, insiste: c’est la fraude «organisée» qui est visée avec la mise en place de la base de données. Elle doit être différenciée de la fraude «occasionnelle», qui concerne des conducteurs individuels. Ces derniers peuvent mentir sur les montants des réparations, les circonstances de l’accident, etc. Un type de tromperie en général rapidement détecté par le service interne de lutte contre la fraude propre à chaque compagnie. La fraude organisée, elle, est de plus grande ampleur et opérée par des groupes criminels. Comme ce couple néerlandais qui a provoqué 80 collisions sur des parkings de supermarché pour récupérer des milliers d’euros de dommages. Elle est plus difficilement détectable par les compagnies. « Avant, lors d’un sinistre, on voyait uniquement ce qui se passait pour la partie assurée dans notre compagnie. Désormais, on aura une vue sur tout le marché belge ».

Quelle protection de la vie privée ?
Assuralia garantit que la banque de données opérera dans le respect de toutes les règles en matière de protection de la vie privée (RGPD). « Cet aspect important a été minutieusement préparé et développé en collaboration avec les Data Protection Officers des entreprises concernées », précise la fédération. Rappelons qu’il n’y aura pas d’échange de données entre les assureurs et que les informations introduites seront cryptées. L’Autorité de protection des données n’a toutefois pas été consultée pour ce projet et n’a donc réalisé aucune analyse d’impact. En son sein, on se demande si le système n’est pas disproportionné. «Est-ce que la centralisation des données personnelles de tous les sinistres auto est bien la manière la moins intrusive de contrer de la “fraude organisée” ? » J’en doute !